Les experts
Par Thierry Aoudjapublié dans business

L'industrie des nouveaux médias est traditionnellement fondée sur la bonne marche de trois types de réseaux : le réseau de contenus — la toile —, le réseau technique, infrastructure tentaculaire de fils et d'ondes —, et enfin les réseaux sociaux, mettant en relation les individus entre eux.

Mais pour faire tourner tout ce petit monde, et en particulier pour créer et produire des contenus de qualité, s'y ajoute désormais, la nécessité d'un quatrième type de réseau : les réseaux d'experts, regroupements plus ou moins éphémères de spécialistes nomades : designers, vidéastes, informaticiens, journalistes, photographes, musiciens, ingénieurs, au service d'une tâche déterminée. Des intermittents de la société du spectacle en quelque sorte.

Réseaux d'associés ou de partenaires, sans base sédentaire, ces « micro-entreprises » seront, et sont déjà en réalité, des assembleurs de talents, des « ensembliers » réunissant les compétences spécifiques nécessaires à la réussite d'un projet en particulier, que seuls de véritables experts « libres et indépendants » peuvent apporter.

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© Musée Abattoirs, Thierry Aoudja

Ce nouveau type d'entreprise nomade est bâti sur le modèle des cirques ou de certains groupes de rock : un nom, une histoire, une direction, des artistes au cachet. Leur principal actif réside alors dans la qualité du travail créatif accompli — stratégique, ergonomique, technique — et dans la renommée de leur marque (de fabrique), de leurs valeurs, de leur histoire.

Progressivement, ces « nouvelles agences » détrôneront les agences de communication classique — pour ne pas dire ancienne — dont les modèles de gestion remontent pour la plupart à l'époque des premiers studios d'Hollywood : chaque métier, chaque tâche, chaque talent y est automatiquement internalisé, contractualisé, en un mot : salarié. L'asphyxie gagne peu à peu : lourdeur hiérarchique, fonctionnarisation, sclérose des talents.

A l'inverse, il semblerait que l'énergie des « cirques » donne aux annonceurs l'envie d'en faire la libre et joyeuse expérience... trois minutes d'avance fonctionne bien évidemment selon cette saine ambition.

Excellente pleine lune.

Le temps d'innover
Par Thierry Aoudjapublié dans perspectives

« Il y a un siècle en prévoyant les changements à venir dans cinquante ans, on risquait moins de se ridiculiser qu'en tentant aujourd'hui de prédire ce qu'il adviendra dans cinq ans ». Ce constat lucide, émis au tout début des années 70 par Arthur Koestler, pointait un des phénomènes majeurs de la fin du XXème siècle : l'accélération. Accélération de l'histoire, accélération technique, accélération scientifique, accélération technologique : le mouvement créatif se déroulait là, sous nos yeux, vitesse et vertiges garantis, l'imagination prenait le pouvoir.

Quarante ans plus tard, ce n'est plus à cinq ans qu'on court le risque d'être ridicule, mais à un an, à six mois, à un mois, à quelques minutes même, à tel point qu'en janvier 2010, alors que la première décennie du troisième millénaire s'achevait, nous parlions ici du temps du doute, affirmant que nous allions désormais nous diriger progressivement vers une innovation plus « réfléchie », plus cartésienne en quelque sorte. L'imagination semblait vouloir faire une pause, suivant en cela la courbe de la (dé)croissance. La prudence, mère de sureté, était de mise. Qu'en est-il aujourd'hui, trois ans (de crise) plus tard ?

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Premier constat, dans le domaine qui nous concerne — les nouveaux médias, le Hightech —, nous sommes contraint de constater que cette prémonition s'est entièrement réalisée. Abasourdi par le « temps du doute », nous semblons avoir décidé inconscienmment de tout ralentir, de décélérer, d'atterrir en quelque sorte. Le principe de précaution appliqué à l'innovation nous aura peut-être enfin permis d'atterrir — dans son sens le plus relaxant.

Non, rien de neuf depuis trois ans. Mêmes acteurs (Apple, Google, Facebook), mêmes outils (smartphones, tablettes) répondant aux mêmes usages, il semblerait dès lors que tout ait été inventé, qu'il ne nous reste plus désormais qu'à en profiter, qu'à jouir réellement des anciennes inventions, qu'à user de cette large gamme de services au seul profit de la relation et de l'ergonomie, les deux atouts maîtres du retour sur investissement, qu'à gérer intelligemment nos passions addictives, c'est-à-dire notre conduite, et en fin de compte nos usages.

C'est pourquoi tout cela — ce luxe de l'atterrissage — doit être pris en fin de compte comme une bonne nouvelle : nous avons désormais le temps d'innover.

Excellente année 2013 à vous tous.

Docs en stock
Par Thierry Aoudjapublié dans perspectives

Au départ, le principe était simple : il s'agissait de remplacer la suite bureautique classique (celle que l'on achète à Bill Gates — si on est gentil —, et qui occupe à elle seule 1.3 Go sur votre espace disque) par des applications Web de type cloud (souvent gratuites, et par définition déportées) offrant quasiment les mêmes services primaires, à savoir : écrire, compter, dessiner (1). Conséquence logique de cette trouvaille : les documents ainsi créés, seraient stockés dans un “espace virtuel” auquel pourraient accéder mes collègues, ma famille, mes amis — voire mes ennemis — à la seule condition qu'ils utilisent la même plateforme en ligne.

Ce concept de partage et de collaboration, aussi indispensable et moderne soit-il, pose cependant une question fondamentale : mais où donc se trouve ce fameux “espace virtuel” ? Où ont-ils stocké mon univers ? Où reposent mes pensées, mes écrits, mes comptes, mes dessins ? Certains parlent des Bermudes, d'autres des îles Caïman ou des Îles Vierges britanniques. Personne ne peut le dire ni même l'imaginer. Le débat sur le stockage numérique des données partageables — y compris celles du méchant Facebook — ne fait que s'ouvrir alors que ces solutions entrent chaque jour plus nombreuses dans nos foyers et nos entreprises.

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Flick, momoyama

A bien y réfléchir, le parrallèle avec le stockage des oeuvres d'art numérique (films, musique, jeux,…) est tentant. Sur le papier, le principe est pourtant le même : ne plus stocker de vidéos, de sons ou de jeux sur son propre disque dur (trop lourd !) et les placer — via une application de type Torrent— sur un “espace virtuel” (encore lui), fatalement accessible à mes amis, à ma famille, voire au monde entier. Seulement, dans ce cas, l'opération est strictement illégale ! Alors que cette fois, tout le monde s'en fiche de savoir si sa collec' de Bob Marley est stockée dans les Caraïbes ; de toutes manières, on les a “piratés”...

Bonne lunaison.

(1) Depuis l'époque lontaine des Sumériens (env. 3400 av. JC), l'homme a essentiellement devéloppé trois fonctions vitales : lire, compter, dessiner ; chose qui n'a pas dû échapper à Bill Gates lorsqu'il pensa à sa fameuse suite — Word, Excel, Powerpoint.

L'anniversaire
Par Thierry Aoudjapublié dans perspectives

Pour notre malheur, les journalistes (pas tous !) ont la fâcheuse manie de célébrer — plus que de raison — la disparition des génies, et rarement leur naissance ! À peine, s'ils osent les appeler « visionnaire », leurs derniers jours venus (1). Il en fut ainsi du dénommé Steve Jobs — appelons-le Steve —, Dieu ait son âme.

Néanmoins, à l'heure où paraît cet article vaguement nécrologique, personne ne sait encore si le premier anniversaire de la disparition de Steve (5 octobre) sera célébré à sa juste valeur par les médias. C'est en général eux qui décident s'il faut ou non célébrer ces choses-là, eux qui savent si bien les mettre en valeur dans les têtes de gondoles de l'info, eux aussi, qui les passent aux oubliettes, quand il le faut. À croire que sans eux, personne ne fêterait rien en ce bas-monde !

Bref, ayant désormais rejoint le vrai monde des esprits, Steve, le « visionnaire », peut enfin être considéré comme un génie à part entière ; dans dix mille ans, Steve sera aussi célèbre que Gutemberg ou De Vinci, voire d'avantage — et je prends date (2) —, et comme tous les autres génies, Steve aura droit à son film biographique en panoramique — ici, deux films en préparation.

En cours de production, Jobs, Get inspired, film à propos duquel la presse ne semble s'intéresser qu'à la ressemblance ( il est vrai frappante ! ) entre l'acteur (Ashton Kutcher) et le vrai Steve, devrait finalement sortir en salles pour les fêtes de Noël (3).

Par mimétisme, tels des enfants se prenant pour Spiderman à la sortie du film idoine, les spectateurs de Jobs, Get inspired décideront-ils de fonder aussitôt une multinationale high-tech ? En ces temps obscurs, rien n'est moins sûr…

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(1) Visionnaire, pionner, génie sont les qualificatifs que l'on retrouve le plus souvent associé à Steve Jobs — 244 000 références sur Google pour une simple recherche « Jobs visionnaire ».

(2) Disons que Steve Jobs est un visionnaire tandis que Bill Gates invente la visionneuse.

(3) Sortie initialement prévue pour le premier anniversaire de la disparition du « visionnaire ».

L'arlésienne
Par Thierry Aoudjapublié dans business

Qui se souvient aujourd'hui de la formule lancée par Dominique Baudis, Président du CSA de l'époque, lors de l'inauguration du salon corrézien Le Radio en février 2005 : 2005 sera l'année de la radio numérique ! Dieu merci, pas grand monde !

Néanmoins, huit ans plus tard, après une enquête des plus approfondies, je suis en mesure de vous affirmer que 2013 sera loin de l'être ! A ce propos, saluons l'excellent titre de Libé, daté du 11 juillet 2012 : la radio numérique terrestre s'enterre, et rappelons les non-moins excellents papiers déjà parus dans ces collones à propos du média chaud qu'est la radio : Radio Libre et Chaud Biz.

Toujours est-il que cette longue campagne histoire, furtivement orchestrée depuis 2003 par quelques associations à caractère lobbyiste (privé vs public), aura certainement couté très cher au contribuable (public) en ce qui concerne son volet communication (privé). Pour preuve, les statuts des dites associations n'oublient jamais d'inclure la réalisation d'études, la mise en place de campagnes institutionnelles ou la participation à des conférences internationales ; actes, vous en conviendrez, hautement facturables. Passons...

Parmi celles-ci, l'une des associations les plus actives, Vivement la Radio Numérique, devrait d'ailleurs sérieusement songer à changer de nom (1), car, selon Rachid Arab, membre du CSA et chargé du délicat dossier RNT, le projet est, je cite, « confronté à des positionnement et des difficultés financières qui font que nous ne réussissons pas à avancer ». Doux euphémisme...

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Flickr, meloni_fabio

En effet, le terme « positionnement » semble ici un doux euphémisme, si l'on croit les récentes déclarations guerrières des patrons de grands groupes privés affirmant que la RNT « n'a pas de modèle économique », qualifiant même sa technologie d'obsolète, comparée à Internet — le seul modèle payant à leur yeux (2).

En réalité, c'est l'éternel débat sur l'existence d'un modèle économique liès à nos dernières inventions qui devient l'arlésienne. Un débat qui ne date pas d'hier, ni même, comme on se rassure trop facilement à le dire, de l'apparition d'Internet (90's), mais précisemment, de l'émergence des radios libres, au tout début des années 80's, marquant, pour le coup, le début des « trente obscures ».

Nous y reviendrons…

(1) Si l'on en croit la date de dernière mise à jour de son site Internet, l'association Vivement la Radio Numérique semble avoir mis la clé sous la porte dès 2009... sentant certainement le vent tourner !

(2) Le Minitel reste et restera certainement durant quelques siècles, le meilleur modèle économique : 0,38 centimes H.T la minute (en anciens francs)

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